L’impact de la crise sanitaire sur les festivals

L’année 2020 aura été le théâtre de rebondissements incessants entre restrictions sanitaires et annonces contradictoires, apportant au monde du spectacle son lot de déconvenues et de portes closes. Cinéma, casinos et salles de fêtes, tous ces lieux sont devenus déserts, comme dans un mauvais film de science-fiction.

En réalité, c’est l’ensemble des professions de l’art et du divertissement qui ont été touchés par la crise mondiale liée à ce satané virus. Intermittents, régisseurs, ingénieurs du son, techniciens, programmateurs, acteurs et musiciens ont été mis au chômage forcé, eux qui peinaient déjà à se faire entendre quant aux difficultés inhérentes à la saisonnalité du métier. On se rappelle les contestations de 2014 sous forme d’intrusions sur les plateaux télé, faisant suite aux mesures arbitraires d’un Gouvernement les plongeant dans plus de précarité.

Mais le plus gros de la crise a frappé les festivals avec la perte de la manne financière d’un public en liesse qui s’y donnait rendez-vous chaque année. Il a fallu plier bagage, rentrer les chaises et remballer les instruments. Comment se relever après avoir subi le coup de tonnerre des limitations successives, passé notamment d’un rassemblement de 1.000 jusqu’à seulement 10 personnes autorisées? Voici un tour de piste général sur l’année blanche que connaissent, en France, les festivités.

 

La totalité des grands festivals annulée

Depuis plusieurs mois, cette crise sanitaire a modifié profondément les habitudes de l’ensemble des citoyens français, aussi bien dans leurs projets futurs que dans leur vie quotidienne. Sans concert ni spectacle vivant, ils se sont subitement retrouvés privés de cohésion sociale et de vivre-ensemble.

Le confinement à peine digéré, le couperet est tombé le 28 avril lorsque le Ministre a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 5.000 personnes, alors qu’on s’attendait à une embellie progressive. Une véritable douche froide pour nombre de spectateurs qui étaient impatients d’oublier les frustations du confinement en retrouvant une vie normale.

Ajoutons à cela, les répercussions fortes que l’annulation des grands festivals à forte imprégnation locale ont eu sur l’économie des régions et sur le tourisme. C’est le cas pour le Festival d’Avignon qui, en 2019, a engrangé à lui tout seul 25 millions d’euros dont 6 millions pour la SNCF, sans compter les 100 millions rapportés par le Festival Off qui bénéficient aux petits commerces, aux hébergements mais aussi à la restauration. Il faut donc conclure que la pandémie a empêché la venue de 151.000 spectateurs rien que pour le Festival d’Avignon, et occasionné un manque à gagner conséquent. Autant dire que pour son directeur Oliver Py cette journée du 3 juillet, date à laquelle aurait dû commencer le 74ème festival, lui est apparue comme “un jour de deuil”, selon ses propres mots.

D’autres événements majeurs ont été annulés comme les Eurockéennes de Belfort qui, pour leur part, n’ont fait l’objet d’aucun report. Exit les têtes d’affiche qui font la fierté du rock, et place à la tristesse, comme les Francofolies qui ont aussi “le coeur lourd”. C’est une tradition vieille de 30 ans qui exceptionnellement ne sera pas honorée, et on s’en souviendra d’autant plus.

Festivals version numérique 

Certes quelques festivals et congrès ont été maintenus en format numérique, accueillant un public illimité sur Zoom, comme ce fut le cas pour Le Grand Poetry Slam rencontre annuelle de poètes et slameurs à Paris dans le quartier de Belleville chaque mois de mai, et qui s'est déroulé cette année sur Zoom, ne perdant rien sur écran de sa gouaille et de son engagement. Citons encore le Festival d'animation d'Annecy, le Festival pour l'école de la vie qui a pratiqué un tarif "en ligne" pour les parents, ou encore dans un autre registre, le salon international des jeux en ligne CasinoBeats a réussi le pari d'une expo virtuelle rassemblant plus de 120 intervenants, 40 exposants et plus de dix mille "visiteurs numériques. 

festival online

Quid des festivals en 2021?

Alors même qu’on vient d’apprendre l’annulation du Salon Internationale de l’Agriculture 2021, et que l'on s'en réjouit pour tous les animaux qui y sont torturés, chaque citoyen en quête de loisirs place beaucoup d’espoir dans les reports et autres prévisions du calendrier. Mais en matière de grands festivals, il faut bien chercher, car le Festival de Cannes, le Festival Interceltique de Lorient, le Printemps des comédiens et celui de la Grange, entre autres, sont rayés du menu des festivités cette année malgré le maintien des aides publiques. Dès lors, on s’interroge naturellement sur leur survie alors que la tenue des Festivals durant la saison estivale aurait rassuré les français. “Tout espoir pour 2020 n’est pas encore perdu”, c’est ce qu’on aurait voulu entendre. Malheureusement, le chef de l’État a prévenu lors de son allocution du 1er avril que “les grands festivals et événements avec public nombreux ne pourraient pas se tenir au moins jusqu’à la mi-juillet”.

On pensait pouvoir compter sur les reports, effet placebo pour le moral de la France, mais rares sont les festivals à échapper aux annulations. Malgré tout, le Festival des Jardins de Chaumont se déroulera en plein air jusque début novembre. On pourrait presque dire “comme d’habitude”, puisqu’il faut obligatoirement s’y munir de gel hydroalcoolique et de masques. Et le Festival de Saint-Denis a réussi contre toute attente à organiser 3 concerts exceptionnels dans la Basilique. Quant au Festival d’Anjou, scène théâtrale du Grand Ouest, il fonde ses espoirs sur le redéploiement de l’édition 2020 en 2021, le report à court terme n’étant pas possible. On l’aura compris, ce sont surtout les mesures sanitaires qui peuvent sauver la mise pour les festivals de moindre envergure, mais pour combien de temps?

L’impact économique de la crise sur les festivals

Il y a 3.200 festivals en France et la vague de suppressions qui a déferlé a mis à mal un secteur déjà fragile à la base, le Ministère de la Culture étant traditionnellement considéré comme le parent pauvre du Gouvernement. C’est pourquoi cette branche du pouvoir a mis sur pied une cellule d’accompagnement des festivals destiné à contribuer à la création de fonds de soutien. Rappelons que ce secteur avait subi déjà des répercussions avec les attentats et les différentes manifestations de colère sociale descendues dans la rue. Et qu’à ces crises sociales, la crise sanitaire vient se surajouter.

En France, à la demande du réseau France Festivals, l’étude SoFEST! évalue les pertes économiques liées à la pandémie jusqu’à 5,8 milliards d’euros pour ce qui concerne les festivals, dont 400 millions d’euros pour la région PACA. À ce propos, Renaud Muselier, président de la région sud Provence-Alpes-Côtes d’Azur a évoqué un plan local d’urgence sur 3 ans pour aider les 750 festivals de sa région à faire face à la crise. Et le 18 mars 2020, le Ministère a annoncé débloquer 22 millions d’euros pour soutenir la Culture.

Au niveau des annulations, tout l’enjeu est de ne pas prendre le même chemin que 2020, et sur ce point, tout le monde est d’accord. En attendant, la solution est de se reporter sur les festivals en ligne, à l’instar des casinos restés accessibles virtuellement. Au final, le monde du spectacle a pu compter sur la solidarité de passionnés qui n’ont pas demandé le remboursement de leur billet pour préserver les structures de toute faillite. Preuve que le public sera bien présent lors des reprogrammations.

 

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